L’ÉRUDIT SILÉSIEN Martin Opitz est né en 1597, à Bunzlau, en Silésie. Il fit ses études à Breslau, où il allait publier en 1616, à l’âge de 19 ans, son premier livre, Strenarum Libellus ; en 1617 il écrivit un plaidoyer pour l’usage de l’allemand en tant que langue littéraire. Deux ans plus tard, il était étudiant en litterae humaniores à la Faculté de Francfort sur Oder ; c’est de cette période que date son premier essai, « Aristarchus, sive De contemptu linguae Teutonicae », un plaidoyer pour la purification de la langue allemande des influences étrangères. Deux ans plus tard on le retrouve à Heidelberg. Ancien résidence du Palatinat Inférieur, l’un des États féodaux de première importance du Saint Empire romain germanique, Heidelberg était devenu au XVIe siècle l’un des plus grands centres de la Réforme.
Jouissant d’une bonne réputation dans les milieux culturels du temps, Martin Opitz fut en 1622 recommandé au prince de la Transylvanie comme enseignant au collège qui venait d’être fondé à Alba Iulia. Academia Heidelbergensi pridem , il se rendit la même année en Transylvanie, s’arrêtant pour un temps, au mois de mai 1622, à Cluj. Il y assista aux travaux de la Diète transylvaine et composa des vers lors du décès de la princesse Susanne Károlyi, l’épouse de Gabriel Bethlen.
Il enseigna plus d’une année au Collège d’Alba Iulia. Les fruits de son expérience transylvaine seront le poème Zlatna et l’écrit historique-archéologique Dacia Antiqua, ouvrage malheureusement détruit avant de voir le jour. Auteur de plus de 90 ouvrages, Martin Opitz fut l’un des grands réformateurs de la prosodie allemande, tant par son œuvre que par les règles de versification qu’il a proposées et que la poésie allemande respecte de nos jours encore.
Sa présence en Transylvanie, liée au mouvement de la propagande calviniste, peut aussi susciter une interprétation différente, aisément déchiffrable à une analyse du contexte international, de la vie culturelle européenne et surtout des préoccupations qui animaient le jeune Martin Opitz.


Martin Opitz et le mouvement rosicrucien en Europe de son temps

POUR RECONSTITUER le contexte européen de l’arrivée de Martin Opitz, étudiant de l’Université de Heidelberg, en Transylvanie, on doit évoquer deux événements qui ont reconfiguré la carte de l’Europe au XVIIe siècle : la mort de l’empereur Rodolphe II et le mouvement culturel ayant accompagné la tentative de Frédéric V, prince du Palatinat protestant, de s’emparer du trône de la Bohême.
C’est une chose bien connue que l’empereur Rodolphe II, membre de la Maison de Habsbourg, renonça à Vienne et établit la capitale de l’empire à Prague, où il se consacra à des études d’alchimie et de sciences obscures. Prague commença donc à héberger différents professeurs d’études alchimiques, des mages et des astrologues, devenant un lieu où la tolérance religieuse masquait les conflits entre catholiques et protestants qui ravageaient l’Europe. Son attitude réservée et ses tentatives de nier ou de résoudre ce problème au niveau local continuent à susciter différentes interprétations. Le chercheur britannique Frances Yeats confirme d’ailleurs l’idée que l’empereur Rodolphe II a préféré se tenir loin de cette crise européenne : se cachant dans son grand palais de Prague, avec ses bibliothèques, avec ses chambres magiques destinées à des prodiges magico-mécaniques, Rodolphe se retira effrayé devant les problèmes qu’avait déchaînés l’intolérance fanatique de son neveu terrible, Philippe II d’Espagne.
Après la mort de Rodolphe II, le trône de l’empire et de la Bohême revint à son frère, Mathias. Son règne fut court, et en 1617 c’est Ferdinand de Styrie, catholique de la Maison de Habsbourg, qui accéda au trône de la Bohême ; celui-ci promut une politique d’intolérance, souvent accusée d’avoir déclenché les attaques qui allaient conduire à la Guerre de Trente Ans.
Se soulevant contre Ferdinand de Styrie, les Bohémiens demandèrent à Ferdinand V, le prince électeur du Rhin, d’accepter la couronne de la Bohême qui, sous les Habsbourg, n’avait pas un caractère héréditaire, mais électif. Frédéric accepta la couronne en septembre 1619 et, accompagné de la princesse Elisabeth, quitta Heidelberg pour Prague. Leur règne ne dura qu’un hiver, de 1619 à 1620, ce qui leur valut l’étiquette de « le roi et la reine d’un hiver de la Bohême ».
Voyons d’abord la déclaration politique de cet événement. Selon l’idée de Frances Yeats, le mouvement rosicrucien serait issu d’une certaine forme d’alliance des sympathisants protestants, initiée pour contrecarrer la Ligue catholique. Le même auteur considère que le principal inspirateur de la politique du Palatinat fut Christian d’Anhalt, intellectuel consacré corps et âme aux plans destinés à mettre fin au pouvoir des Habsbourg en Europe, alors que le mouvement rosicrucien était lié à la tentative organisée d’installer Frédéric, l’électeur palatin, sur le trône de la Bohême.
Les armées catholiques dirigées par le duc de Bavière vainquirent, en hiver de 1620, les armées de Frédéric dans la bataille du Mont Blanc, près de Prague. Après cette défaite, Frédéric quitta Prague avec Elisabeth et les enfants, et les troupes espagnoles catholiques dirigées par Spinola occupèrent le Palatinat calviniste. C’est à ce moment que Martin Opitz se réfugia au Danemark.
On ne doit cependant pas oublier qu’avant ces événements, les années 1614 et 1619 avaient connu l’enthousiasme déclenché par la publication des manifestes rosicruciens, lorsque l’électeur palatin et Elisabeth étaient encore à Heidelberg. Ces manifestes exhortaient à la fois au progrès des sciences que surtout à une illumination de nature religieuse et spirituelle. Les agents mythiques de cette diffusion étaient les frères rosicruciens, chrétiens allemands réformés de confession évangélique. Leur foi religieuse semble strictement liée à la philosophie alchimique, qui n’a rien à faire avec la maudite production de l’or : les richesses qu’offre le Père Rosencreutz sont d’ordre spirituel ; le bonheur, ce n’est pas de pouvoir produire de l’or, mais de contempler le ciel ouvert, de voir les anges du Seigneur monter et descendre et son nom inscrit dans le livre de la Vie.
À l’avis de Frances Yeats, il s’agit de quelque chose de plus que d’un simple mouvement religieux, qui utilise l’alchimie pour intensifier la piété évangélique et qui inclut un large programme de recherches et de réformation des sciences. Les manifestes représentent l’arrière-plan alchimique du mouvement destiné à installer Frédéric, l’électeur palatin, sur le trône de la Bohême. Christian d’Anhalt est l’esprit animateur qui se trouve derrière la tradition activiste du protestantisme allemand, tradition qui avait toujours cherché des leaders et qui s’était à ce moment arrêté à Frédéric V.
Notre hypothèse est que Martin Opitz, intellectuel calviniste et licencié de l’Université de Heidelberg, contemporain de ce contexte politique et culturel, aurait pu être l’un des agents de cette diffusion d’ordre religieux et spirituel, l’un des frères rosicruciens, chrétiens allemands réformés de confession évangélique, prêt à répondre à tout moment à l’appel de ses frères protestants calvinistes de développer en Europe des programmes de recherche et de réformation des sciences.
Quelle a été l’évolution de ce jeune intellectuel protestant dédié à sa cause ? Une fois arrivé en Transylvanie il fut séduit par le charme exotique des villes de Cluj et Alba Iulia, et les vestiges romains, les successeurs de la gent latine commencèrent à le préoccuper à tel point qu’il devint un pionnier de la mentalité baroque.


La Transylvanie de Martin Opitz

LE XVIIe siècle a représenté en Transylvanie une période de développement de sa politique étrangère et de stabilité à l’intérieur du pays. Les princes font de grands efforts pour élargir leur pouvoir et protéger leur confession. Gabriel Bethlen, conscient d’avoir accédé au pouvoir avec le concours des Roumains, oriente sa politique de manière à entretenir de bonnes relations avec les Pays roumains et de maintenir la stabilité avec la Sublime Porte.
Les réformes qu’il initie représentent un chapitre important de son activité. On connaît bien ses tentatives constantes de convertir les Roumains au calvinisme, comme le démontre la correspondance qu’il a entretenue avec le patriarche Cyrille Lucaris. Son activité révèle les signes d’une politique qu’on pourrait appeler de nos jours culturelle, éducative, adressée surtout aux couches sociales les plus défavorisées.
Il est cependant difficile de parler d’une vie culturelle roumaine aussi longtemps que chez les Roumains le phénomène culturel se situe toujours dans un contexte religieux placé face à l’offensive missionnaire manifestée par le calvinisme et la Contre-Réforme. En Transylvanie de ce temps-là, l’enseignement roumain se développe à l’intérieur des programmes d’éducation didactiques ouverts par la Réforme et la Contre-Réforme. C’est grâce à ce phénomène qu’on peut trouver des étudiants roumains transylvains aux universités européennes du temps.
Ce même phénomène culturel développé dans un contexte religieux favorisa l’apparition de codex, formes représentatives de la culture roumaine transylvaine du XVIIe siècle. Le Codex Sturdzanus, écrit par le prêtre Gheorghe de Mãhaciu vers 1600 et le Codex Neagoeanus, écrit en 1620 par le prêtre Ioan Romanu de Sâmpetru sont deux des titres qui circulaient dans les milieux roumains au moment de l’arrivée de Martin Opitz en Transylvanie.
Quant aux littératures hongroise et saxonne, il suffit de mentionner qu’Albert Szenczi Molnár a publié en 1607 la traduction hongroise du Livre des Psaumes de Genève et, sur la demande de Gabriel Bethlen, la traduction hongroise de l’ouvrage de Calvin, Institutio. Les chercheurs actuels mentionnent l’existence, dans la littérature et l’historiographie saxonne, des signes d’une soi-disant démocratisation , qui se traduit par la parution de chroniques villageoises à côté de celles urbaines et par la présence des artisans parmi les auteurs des ouvrages publiés. Cependant l’historiographie ne fut pas le seul domaine d’intérêt de l’activité littéraire du XVIIe siècle. Valentin Franck von Franckenstein fait preuve de réelles qualités littéraires dans son livre Hecatombe Sententiarum Ovidianarum, recueil de sentences d’Ovide en traduction allemande, saxonne, hongroise et roumaine.
Edit Szegedi offre une explication assez intéressante à la perspective décadente dont la littérature saxonne présente parfois le XVIIe siècle transylvain. Il ne s’agirait pas de la valeur des créations littéraires, mais plutôt de la perpétuation, d’une part, d’une esthétique qui refuse le baroque, considéré comme une dégradation de la Renaissance, et, d’autre part, de la difficulté d’instrumentaliser cette culture à des fins identitaires.
C’est généralement une période faste, marquée par l’apparition de deux centres d’enseignement : l’Académie d’Alba Iulia, fondée en 1622 par un décret du prince transylvain, et l’école réformée créée à Cluj en 1638. Le centre d’enseignement d’Alba Iulia était au début (1622) représenté par le Collège académique, pourvu à partir de 1629 d’un nouveau bâtiment, œuvre de Giacomo Resti da Verna. Le prince transylvain se proposait par ce projet de créer un établissement d’enseignement supérieur semblable à l’Université de Heidelberg, détruite en 1622 par l’armée impériale.
Voilà donc le contexte général de l’arrivée de Martin Opitz en Transylvanie en mai 1622. Il préféra voyager à cheval, afin de connaître le pays où son poète préféré, Ovide, avait été exilé au bord du Danuvium colens ferocem. Dans une lettre qu’il avait envoyée à l’un de ses amis avant le départ, il s’excusait pour ne pas pouvoir participer à un mariage :

Je prends le chemin du Danube extrême
Pour voir si la brave Dacie aime encore la Muse.

Le baroque et le protestantisme

L’ HOMME DE science, tel qu’on le définit à présent, est une création du XVIIe siècle. C’est le moment où prend naissance ce que Paolo Rossi appelait une forme spécifique de la connaissance qui mène progressivement à l’identification de l’activité de recherche scientifique à un métier proprement dit. Le terme scienziati – scientifiques ou savants – n’apparaîtra qu’au XIXe siècle. Le même auteur italien du début de l’époque baroque remarquait la grande diversité des personnages. De 1626 à 1657, donc au fil de 31 ans, disparaissent Francis Bacon, Johannes Kepler, Robert Fludd, Robert Burton, Galileo Galilée, Jan Baptist van Helmont, Bonaventure Cavalieri, Marin Mersenne, René Descartes, Pierre Gassendi, William Harvey. Leurs écrits sont la preuve qu’au début du XVIIe siècle on continue à cultiver la science hermétique, bien que le fil rouge de chaque étude de la nature soit le fait que la tentative de déchiffrer les mystères du monde est directement proportionnelle à sa transformation par l’objet connaisseur.
Quant à la relation directe entre l’artiste et le pouvoir politique, relation devenue officielle dès la Renaissance, elle suppose que l’artiste, en échange de son propre œuvre, serait bien payé et pourrait construire son prestige, alors que le souverain légitimerait son pouvoir à travers les objets artistiques. Ce sont eux qui donnent la forme et le sens de la force coercitive du souverain. Les formes artistiques renferment un plaidoyer principalement en faveur de la foi religieuse du souverain et en justifient la sacralité.
À la lumière de cette relation, l’appel adressé en 1622 à Martin Opitz de venir à Alba Iulia constitue un autre geste de manifestation du pouvoir du prince Gabriel Bethlen, prince de la Transylvanie, allié du roi de la Suède, Gustave Adolphe, dans la Guerre de Trente Ans, adeptes tous les deux du protestantisme.
C’est de la hauteur de cette position que le prince transylvain écrivit en 1622 une lettre à Johannes Christianus, duc de Silésie, en lui demandant de lui envoyer quatre-cinq hommes instruits, bons protestants, pour enseigner à la nouvelle école d’Alba Iulia. Les sources de l’époque affirment que le poète silésien avait des connaissances à Alba Iulia, dont Georges Csulai, ancien collègue à l’Université de Heidelberg, Paul Keresztury, prédicateur calviniste, Gáspár Böjthi, mentor d’Étienne Bethlen, qui avait d’ailleurs lui-aussi étudié à l’Université de Heidelberg, ainsi que les professeurs Alstedt, Bisterfeld et Philipp Piscator. Son bref séjour à Cluj permit à Martin Opitz d’assister aux réunions de la Diète transylvaine et de connaître l’entourage du prince.
Sa correspondance de ces années prouve l’intérêt du jeune intellectuel silésien pour les inscriptions latines découvertes en Transylvanie, qui auraient constitué l’objet de son ouvrage Dacia Antiqua. Martin Opitz mourut malheureusement de peste en 1639 et tous ses biens, y compris le manuscrit de l’ouvrage Dacia Antiqua sive Commentarii rerum Dacicarum, allaient être mis au feu dans la maison où il habitait.
Il y a malheureusement peu de témoignages sur sa relation amicale avec les Roumains, assez bizarre d’ailleurs, étant donné qu’il s’agissait d’une nation seulement tolérée en Transylvanie. Les quelques fragments du poème Zlatna oder der Ruhe des Gemuthes ne peuvent pas l’expliquer, attestant seulement l’amitié incontestable du poète pour ceux dont la langue avait conservé la musicalité des poèmes d’Ovide :

Tout ce qui est terre demeure toujours terre
Alors que la meilleure partie ne disparaît jamais…
Dans chaque hutte couverte de paille
Un sang noble témoigne
Que votre langue héritée est de nos jours la même
Que vos coutumes sont strictement observées
Que votre habit et même vos danses
Font la preuve
De votre vieille souche.

Tout ce qui en est resté sont donc les 583 vers alexandrins de son poème. En se défendant d’entreprendre une démarche mélancolique et réductive, on propose une autre clé de lecture, qui fera d’ailleurs l’objet de futures études. La méthode avancée s’appuie sur la différence qu’identifie Michel Foucault entre la tentative – typique à la Renaissance – d’imiter le monde réel dans une production artistique et la perspective baroque de la création. Cette fois-ci la forme de figuration artistique ne se réalise plus par imitation, mais existe dans la mesure où elle a la capacité de produire des effets sensibles, pathétiques ou gnoséologiques. En théorisant la méthode dont il s’était servi pour écrire La Jérusalem délivrée par une « généreuse phénoménologie des passions », Tasse appelle sa manière d’écrire « parler détaché », qui s’articule plutôt par l’union et la dépendance des sens que par des conjonctions ou d’autres connexions entre les mots, suggérant la rencontre entre les sens et le pathos. De ce point de vue et à la lumière du contexte politique et culturel, le poème de Martin Opitz constitue la création exemplaire d’un pionnier de l’époque baroque, qui ne s’est pas totalement impliqué dans le sujet qu’il a abordé.
Cette rencontre entre la soif du pouvoir de Gabriel Bethlen, la mission de diffuser la foi calviniste, l’esprit artistique et encyclopédique de Martin Opitz et finalement le charme mystique de la terre transylvaine a pour résultat un nouveau profil de l’intellectuel européen, qui est à la fois homme de science, théologien enthousiaste et voyageur de carrière, autrement dit artiste d’un monde en train de se faire.




Abstract
A Pioneer of the Baroque—Martin Opitz

In the year 1622, the young intellectual Martin Opitz was invited by Transylvanian Prince Gabriel Bethlen to teach at the college recently established in Alba Iulia. Initially associated with the Calvinist propaganda movement, his presence in Transylvania could, however, be considered from a number of additional angles. It is our contention that Martin Opitz—a Calvinist scholar and a graduate of Heidelberg University, trained in an environment influenced by the Reformed German Christians who called themselves Rosicrucian brothers—accepted this invitation to Transylvania in keeping with the agenda of this new religious movement, which resorted to alchemy in order to develop evangelical piety and which had set up a comprehensive program of scientific investigations in an attempt to reform existing science. Martin Opitz remained in Transylvania between 1622 and 1623, and it was during this time that he wrote the poem Zlatna oder der Ruhe des Gemuthes, the exemplary creation of a pioneer of the Baroque.

Keywords
Martin Opitz, Heidelberg University, Transylvania, Rosicrucian movement, Baroque

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