Une promenade sur l'avenida Malecón,

bâtiments de cauchemar

et... un professeur d'histoire,

en pédalant sur un cocotaxi

      

     Une photo avec l’avenida Malecón, vue de loin, est sur tout guide touristique de La Havane, et une promenade du soir dans la brise du détroit de Floride m'a donné la possibilité de connaître un professeur d'histoire, qui complètait ses revenus, en pédalant sur un cocotaxi.

     De l'aéroport, je suis arrivé à l'hôtel autour de l’heure 20, un jeudi. Pressé par le temps, parce que le séjour prévoyait seulement un jour à La Havane, j'ai rennoncé au dîner. En moins d'une heure, tant pour prendre une douche, de m'habiller en tenue d'été, blouse sans manches, pantalon long en matériau léger, sandales, je suis parti à  grande hâte pour parcourir autant que possible dans la Vieille Ville de La Havane. C'était un risque que j'ai l’assumé avant même de quitter le pays, tous les dépliants touristiques en avertissant qu’il arrive parfois que les étrangers soient... volés. Écrire un livre exige de sacrifices...

     Armé… d'un appareil photo, je suis sorti de l'hôtel, en suivant le trottoir auprès de la mer de l'avenida  Malecón, avec la direction du phare du port  de  La Havane, visible de dizaines de kilomètres, repère d'orientation et pour moi, jusqu’auquel il y avait à parcourir environ deux kilomètres. J'avais à l'esprit le conseil du réceptionniste de l'hôtel: "Ne répondez à pesonne, allez sans vous arrêter!"

     Température de plus 20 degrés Celsius, de nuit tropicale, normale pour la latitude de Cuba. L’air de saline, mais pas sec, plutôt humide. L’éclairage des rues faible, de pays sous-développé. À quelques pas, par-dessus la digue de protection, l’eau du  détroit de Floride donnait l'impression d'un abîme, de fin du monde. Seulement la lune créait un chemin lumineux, comme si parsemé avec de l'or et de l'argent, vers l'Eldorado nord - américain, situé à seulement quelques heures de route dans une barque de pêche à moteur, où les Cubains, payés avec pas plus d'un euro par jour, partiraient même de lit de mort, s'ils en pourraient.

     Le trottoir opposé était bordé de bâtiments gris, avec de traces à peine perceptibles de crépi, quelques - uns avec de murs démolis, avec de nombreuses fenêtres brisées ou même sans châssis, comme après une grande catastrophe naturelle. À ma grande surprise, à travers  de quelques fenêtres parvenait une lumière  pâle, auxquelles apparaient trois à quatre têtes de personnes. De place en place, environ l’un sur cinq bâtiments était restauré ou en cours de restauration.

     Sur ou près du digue étaient de groupes dispersés de citadins de tout âge, dans la grande majorité de noirs,  probablement d’habitants des bâtiments cauchemardesques, de l'autre côté de l'avenida Malecón, sortis de l’agglomération des appartements surpeuplés pour bavarder, commes dans la cour de la maison, en laissant dormir   ceux qui le lendemain iront travailler. Certains d'entre eux, en sentant que je suis étranger,  essayaient de m’aborder invariablement avec l'appellatif: "Amigo!" De femmes seules, sommairement vêtues, tentaient leur chance de gagner le pain de tous les jours, en utilisant le même appel, mais avec une intonation mélodieuse, de charme.

     J’étais pris par un frisson de peur, mon enthousiasme était devenu en chute libre et je pensais à renoncer au voyage de soir - nuit. Je me suis arrêté, j'ai regardé en arrière et j'ai constaté que j’avais parcouru  environ la moitie du chemin jusqu’au phare. J'avais un dilemme et je devais prendre rapidement une décision, pour ne pas rester immobile trop longtemps, comme a dit le réceptionniste de l'hôtel: "Ne répondez à pesonne, allez sans vous arrêter!"

     Mes pensées ont été interrompues par une silhouette  avec chapeau modèle Al Capone, noir, avec une bande stridente blanche sur la tête, au – dessous un visage acéré, teint claire, des yeux verts, regard perçant, vêtu avec une chemise noire, cravate blanche, pantalon noir, souliers blancs, de gangster américain, qui m'a demandé ni en espagnol, ni l'anglais, mais en français:

     - Ça va, monsieur? 

     Je l'ai regardé et sa tenue prétensieuse m'a donné le courage de répondre:

     - Ça va, monsieur.

     Il a commencé à parler rapidement en français, ma langue étrangère préférée, parce que je la connaissait mieux, après je l'ai utilisé dans l'enseignement de quelques matières techniques, dans de périodes différentes, de trois et cinq ans, dans d’institutions d'enseignement supérieur à Oran, respectivement, à Casablanca.

     J'ai appris qu’il s’appelle Euridiciónito Verdadoso Delachampagne, d'ascendance française, professeur d'histoire dans une école à La Havane, avec le salaire de 625 pesos, l'équivalent de  25 euros, guide et chauffeur d’un cocotaxi, c'est-à-dire d'un tricycle avec un capote  simple, jaune, avec un palmier dessiné, léger, de plastique, dans la forme d'un quart de noix de coco. À la suite de sa proposition, j'ai accepté qu’il me promène à travers la Vieille Ville de La Havane dans le cocotaxi pour trois pesos convertibles de l'heure, comme il a demandé; je n'ai pas négocié.

     Monsieur Euridiciónito a commencé à pédaler. Je le voyais de derrière, en ondoyant  ses épaules. Il ne portait plus le  chapeau et la cravate. Il avançait lentement, en économisant l'énergie, comme un coureur de longue distance. Sous l’étrange capote était une  banquette pour deux passagers. À l’abri du cocotaxi je me sentais beaucoup plus en sécurité.

     On m’a gagné un sentiment de pitié pour le professeur d'histoire, forcé de compléter ses revenus par un travail beaucoup en dessous de son expertise et de son statut.

     C’est comme ça que se promenaient dans La Havane les touristes étrangers, durant la période d’avant la révolution communiste, dirigée par l’impétueux Fidel Castro, maintenant vieil pensionner, presque sénile, avec d’apparitions publiques très rares.

     Comme si rien n'a changé sur l'avenida Malecón...

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Le vieil homme et la Cuba"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

Vizualizări: 492

Adaugă un comentariu

Pentru a putea adăuga comentarii trebuie să fii membru în reţeaua literară / la red literaria !

Alătură-te reţelei reţeaua literară / la red literaria

Insignă

Se încarcă...

Statistici

Top Poetry Sites

© 2020   Created by Gelu Vlaşin.   Oferit de

Embleme  |  Raportare eroare  |  Termeni de utilizare a serviciilor