Un mojito original

dans le bistrot "Bodeguita del Medio",

un daiquiri spécial,

dit... "papa Hemingway" ou "papa doble",

et une discussion controversée

dans le bar "Floridita"

 

     Dans la Vieille Havane j’ai bu un mojito original dans le bistrot "Bodeguita del Medio" et un daiquiri spécial, appelé "papa Hemingway" ou "papa doble", dans le bar "Floridita", de cocktails préparés d’après les mêmes recettes des temps quand Ernest Hemingway a fréquenté assidûment ces établissements durant plus d'une décennie. J'ai aussi appris sur les pérégrinations transocéaniques du cercueil de Christophe Colomb.

     Il était une heure jusqu’au minuit et nous n’étions pas encore arrivés au bistrot "Bodeguita del Medio". Le guide Euridiciónito pédalait et faisait de petits presentations sur les lieux par où nous passions:

     - Cette – ci est la Cathédrale de La Havane, qui est appelée aussi  "Catedral de San Cristobal (n.a. Cathédrale de Saint Colomb)". Un autre nom est "Catedral de la Virgen María de la Concepción Inmaculada" (n.a. Cathédrale de la Vierge Marie de l'Immaculée Conception). La cathédrale est construite en style baroque. Elle a été consacrée en 1748, et entre 1801 et 1802 a été agrandie. De sa conception et sa construction se sont occupés les moines jésuites. Ici a été enterré Christophe Colomb.

     - Christophe Colomb? je savais qu’il est mort à Valladolid.

     - En effet, Christophe Colomb est mort le 20 mai 1506, à Valladolid. La messe funéraire a eu lieu à la cathédrale Sainte – Vierge - la Vieille et l'enterrement au monastère Franciscain de la même ville. En 1513, le cercueil a été déménagé à Séville, au monastère de Sainte -Marie de la Grotte. Après de 23 ans, le cercueil a été transféré par – dessus l’océan, à Santo - Domingo, à la cathédrale Sainte-Marie de l'Incarnation. Le 20 mai 1796, a eu lieu  une cérémonie d'enterrement de Christophe Colomb dans la cathédrale de La Havane où il a été inauguré un beau monument. Seulement en 1899, le cercueil est revenu, ensemble avec le monument funéraire, à Séville,  dans la cathédrale Sainte Marie de Sede.

     - Il a été le cinquième voyage de Christophe Colomb en Amérique, mais dans un cercueil, après que, le 12 Octobre 1492, il a accosté sur le rivage de l'île de San Salvador de Bahamas, en arrivant, a pensé – t - il, en Inde.

     …De la place de la Cathédrale nous sommes pénétré à pied sur la longue rue, appelée Empedrado, qui se termine sur l’avenida Belgica. Une rue bondée de touristes, la première source de lumière en étant seulement devant une ensigne jaune, sur laquelle il était écrit avec de lettres noires, majuscules: "BODEGUITA DEL MEDIO".

     Je suis entré dans une ambiance de bistrot, avec de visages heureux, de cigares au coin de la bouche, le tintement de verres sur le fond de musique salsa, l’odeur de fumée et le goût doucereux de rhum "Havana Club". Les murs étaient couverts de peintures jaunies, altérées par des années, peut – être par de décennies, de textes, de diplômes, de portraits de personnes, dont certains me semblaient familiers. Sur chaque centimètre carré de crépi non couvert, les anciens clients ont écrit de messages ou juste leurs noms. À la vitrine avec de boissons du bar, sous le verre non essuyé, peut - être depuis le temps de Fulgencio Batista, d’un cadre en bois, emplacé juste au milieu, à la place d'honneur, j’ai apperçu une phrase manuscrite assez agrandie pour être lue  à une distance de quelques mètres, et signés par Ernest Hemingway: "My mojito in La Bodeguito, my daiquri in El Floridita" (n.a. Mon mojito en La Bodeguito, mon daiquri en El Floridita). Dans le milieu du salon, un guitariste et un batteur avec deux tambours conga, spécifiques au rythme salsa, jouaient de chansons sur la demande de clients.

     Arrivé avec difficulté au bar du bois massif, laqué, rongé par le passage de tant de clients, j’ai demandé un mojito, le cocktail de la maison, à un barman dodu, avec le visage de bonhomme, chemise blanche, déboutonnée au col, manches courtes, pantalon noir.

     J'ai regardé comment il a préparé cette boisson cubaine. Il a versé du sirop de sucre jusqu'à ce qu’il a rempli un sixième d'un haut verre. Il a ajouté de jus frais de citron vert encore un sixième. Il a mis deux feuilles entières de menthe, après quoi il les a  écrassé, en pressant deux ou trois fois avec un pistil. Il a versé de l'eau gaseuse à l’aide d’un tuyau d’une installation de dosage, de dessous du bar, jusqu'à ce que le verre soit rempli aux trois quarts. D’une bouteille de rhum "Havana Club" il a soulevé le niveau du liquide à environ cinq sixièmes de la hauteur du verre. Enfin, il a ajouté trois cubes de glace. J'ai payé cinq pesos convertibles sans protester. Durant que je sirotais  la première gorgée, j'ai pensé: "Cher, mais ça vaut la peine! Moi, je suis venu à Cuba pour être sur les traces d’Ernest Hemingway! Seulement à la deuxième place a été le désir de prendre le pouls du communisme castriste dans le crépuscule de la vie du «commandante en chefe», la curiosité de celui qui a vécu et a écrit sur le communisme du goulag européen. Et juste à la dernier place a été la tentation de l’idée de changer pour une courte période le soleil du  Janvier de la parallèle 46 avec celui du Tropique du Cancer".

     Je me suis précipité à boire "my mojito", parce que j'étais à court de temps. Cette nuit - là j’avais dans le plan et le pasage au bar "Floridita". Je suis sorti à l'air non pollué. Le guide Euridiciónito m’attendait patiemment, appuyé contre le chambranle de la porte. Je ne voulais pas partir avant d’éclaircir un problème:

     - Pourquoi cet établissement est appelé "Bodeguita del Medio" et non simplement "Bodeguita"?

     - Habituellement les bistrots sont emplacés aux bouts des rues, aux intersections, pour être mieux achalandés. Dans un premier temps, cet établissement a été appelé "Casa Martinez". En étant situé au milieu du segment de le rue Empedrado entre la rue Cuba et la place de la Cathédrale, le bistrot a reçu du 26 Avril 1950, le nom de "Bodeguita del Medio". En dehors de Ernest Hemingway, ici ont bu mojito le Colombien Gabriel García Márquez, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1982, le Chilien Pablo Neruda, lauréat du prix Nobel de littérature en 1971, pour donner quelques exemples, et l'ancien président chilien Salvador Allende.

     …Nous sommes rentrés dans la place de la Cathédrale, encore plus fréquentée par les touristes qu’une demi-heure auparavant. Nous avons abordé la Cocotaxi et, après nous avons parcouru environ une centaine de mètres sur la rue San Ignacio, nous sommes entré dans la rue Obispo, parallèle et de même longueur avec la rue Empedrado. A l'intersection avec la ruelle Montserrat, à 50 mètres de l'Avenida Belgica, le guide Euridiciónito s’est arrêté de pédaler. Nous étions arrivés au bar "Floridita". Sur une enseigne lumineuse était écrit avec de lettres de  format différent: "RESTAURANTE BAR floridita"; et plus bas: "MI DAIQUIRÍ EN EL FLORIDITA Ernest Hemingway".

     Quand j'ai ouvert la porte, j'ai regardé immédiatement à gauche, en voulant voir... Ernest Hemingway et je me suis calmé; debout, avec un coude appuyé sur le bar, en chemise à manches courtes et  pantalon long, la statue de bronze, faite en 2003 par le sculpteur cubain José Ramón Villa Soberón, était dans son endroit préféré, au bar, près de paroi. Le premier souci a  été de me photographier à côté du lauréat du Prix Nobel de littérature. Sur la parois, près de la statue, deux photos avec Fidel Castro et Ernest Hemingway, faites le 15 Mai 1959, durant le tournoi de pêche du marlin. La propagande castriste n’a pas raté l’occasion!

     Près de la porte d'entrée, sur la droite, une orchestre de musique salsa: une guitare, deux tambours conga et une voix féminine. Le barman et les serveurs étaient habillés en uniforme: veste et cravate rouge, chemise blanche à manches courtes, pantalon blanc. Bar, non bistrot!

     Toutes les chaises aux tables occupées. J'ai trouvé une place étroite entre... "Ernest Hemingway" et un homme grassouillet avec cigare extra-longue et chapeau blanc, de paille, peut-être pour cacher sa calvitie. Contrairement à d'autres qui parlaient le dialecte français du Québec ou de différents dialectes de la langue espagnole, j'ai entendu commander en anglais avec un accent américain:

     - Euh... hac... un daiquiri "papa Hemingway"!

     La prononciation du mot magique "Hemingway" m'a fait  à être attentif de ce qui se passe. Le barman, pour être sûr de premier ordre, l’a demandé:

     - "Papa doble"?

     - Euh... hac... ouais, quantité double de rhum.

     - C'est le quatrième, monsieur!

     Je me suis laissé entraîné par l’ambiance bacchique, à double intensité, donc j'ai commandé aussi en anglais:

     - Un autre... "papa Hemingway"... un "papa doble"!

     J’ai senti que les forces me laissent après le jour le plus long de ma vie, qui a duré 31 heures, en étant parti de  Bucarest jeudi matin et arrivé à La Havane jeudi soir. Avec les yeux entreouverts j’ai été attentif au barman. Le début a été comme pour le mojito. Il a rempli de sirop de sucre un sixième d'un haut verre. Il a versé de jus frais de citron vert encore un sixième. Quand est venu le tour de rhum  "Havana Club", le verre a été rempli à... cinq sixièmes du total. "Papa doble"! Puis, il a ajouté trois cubes de glace. Une tranche de citron a ornamenté le cocktail.

     Je n’ai pas fini de siroter le cocktail et je crois que que je me suis assoupi quelques minutes. J'ai demandé au barman combien j'ai à payer. Lorsque j’ai apris qu’il s’agit de six pesos convertibles, j'ai fait une grimace, peut-être à cause de la richesse en alcool du rhum!

     Puis tout est devenu confus. Il me semblait que le parleur d’anglais a commencé à me s’adresser. En parlant d’une mannière peu compréhensible,  il m'a demandé:

     - Euh... hac... savez vous depuis quand a commencé Ernest Hemingway à devenir connu dans le monde?

     - Je ne sais pas, j’ai répondu brièvement.

     - Hac... depuis le 10 Mai 1933.

     - Je ne vois pas la liaison.

     - Euh ... hac ... le 10 mai 1933 a eu lieu la soi-disant "l’action contre l'esprit non allemand", lorsque les étudiants allemands d’orientation nazis  ont brûlé environ 25.000 livres, considérés comme contraire à l'esprit allemand. Avez – vous compris?

     - Pas grand-chose.

     - Euh... hac... dans la place Bebel à Berlin, Paul Joseph Goebbels a déclaré: "Non à la décadence et à la corruption morale!" Avez – vous compris?

     - Non, peut-être à cause du double cocktail.

     - Euh… hac... je pense que vous n'avez pas lu "L'adieu aux armes".

     - Je l'ai lu, dans ma jeunesse!

     - Euh... hac... la première édition, publiée en 1929, sous l’égide de la maison d'édition Scribner de New York, contient de mots obscènes. Hac... la méthode utilisée par certains jeunes écrivains pour l’affirmation.

     - Je sais, je sais de tels cas... en Roumanie... en...

     - Le roman est devenu un succès éditorial. Avez – vous compris?

     - Je ne vois toujours la liaison.

     - Ooo... hac... le livre "L'adieu aux armes" a été brûlé le 10 mai 1933, dans la place Babel, parce qu’il est décadent, il a de mots obscènes. Mais de cette façon, Ernest Hemingway a été mis pour la première fois à côté de classiques de la littérature universelle, comme l'Américain, nommé Henry Miller, avec "Tropique du Cancer", l’Irlandais, nommé James Joyes, avec "Ulysse", le Britannique, nommé David Herbert Richards Lawrence, avec "L’amant de lady Chatterley", le Français, nommé Charles Baudelaire, avec "Les fleurs du mal". Maintenant, avez – vous compris?

     - Quand j'ai lu "L'adieu aux armes", la traduction en roumain n'avait pas de mots obscènes, j’ai ajouté, en me dépêchant  de payer pour la consommation.

     J'ai quitté le bar "Floridita", n’en sachant très bien si la discussion avec le parleur de l'anglais avec l'accent américain vraiment a eu lieu ou non. En effet, le "papa doble" a eu une quantité double de rhum, n'a pas été allongé au double avec de l’eau!

     …Je suis monté en cocotaxi et j’ai ressenti un grand soulagement. Je me suis effondré sur la banquette. Sur la route du retour vers l'hôtel, le guide Euridiciónitoa a commencé à me dire l'histoire du bar "Floridita". Je me souviens seulement qu'il a été établi en 1817, sous le nom de  "Piña de Plata" (n.a. Ananas d’Argent); puis il est devenu "Florida" et 1918 on a lui dit "Floridita".

     ...Quand nous sommes arrivés à l'hôtel, je me suis réveillé de l’assoupissement. J’ai donné au professeur d'histoire 18 pesos convertibles pour six heures de travail comme guide et chauffeur de taxi. Il a souri largement. Nous nous sommes serré la main comme entre camarades.

     Avant de nous séparer, j'ai lui dit qu’au bar "Floridita" j'ai rencontré un citoyen des États-Unis. Il s’est montré étonné:

     - Très peu probable. Les citoyens américains ne sont pas autorisés à dépenser de l'argent à Cuba.

     - Donc, pratiquement, ils ne sont pas autorisés à voyager à Cuba! je me suis écrié.

     - Pour venir ici, ils doivent demander une autorisation au Département du Trésor. Et là – bas, la bureaucratie dans de tels cas est extrêmement élevée!

     ...Je suis arrivé dans la chambre de l’hôtel. Cette  discussion ne me donnait pas la paix. J’ai pensé que mon visa de séjour à Cuba n'est pas collée sur le passeport, mais c’est un bout de papier séparé en deux parties; l’une est coupée et arrêtee à l'entrée et l’autre est arrêtée  à  la sortie de Cuba. De même, à l'entrée à Cuba, les gardes-frontières de l'aéroport ne m’ont appliqué aucun cachet sur le passeport! Il n'existe aucune preuve sur mon passeport que j'ai été à Cuba. Que ce soit un truc de fonctionnaires cubains pour encourager les touristes "gringos americainos" à venir sans l’avis du Département du Trésor? J'avais d’arguments pour et contre  l’existance de la discussion avec le parleur de l'anglais avec l’accent américain.

     …Je me suis endormi et ce problème m’est resté non élucidé pour toujours.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Le vieil homme et la Cuba"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

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