Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (13)

Reception à Rabat

 

       Qui est parti, a vecu  ou vit à l'étranger a eu l'occasion de savoir ce que nous, les Roumains, apellons  "dor de tară" (n.a. mal du pays). La chose étrange est que si la personne passé dans de pays étrangers plus de six mois, quand il revient à la maison, il est heureux de revenir durant autant de mois, après quoi il commence à se sentir moins bien à la maison et veut revenir à ces terres étrangères, autrement dit, il est pris par, comme on dit en roumain, "dor de… duca" (n.a. mal de… partir)!

      Le sentiment du  mal de partir est plus fortement ressentie par les Roumains à l'occasion de la Journée Nationale. Le dimanche avant la date du 1er Décembre 1994, l'ambassadeur roumain à cette période a organisé  à sa résidence à Rabat une réception à qui ont été invités les Roumains travaillant au Maroc et les Marocains qui ont étudié en Roumanie. J'avoue que j'ai été très ému lorsque j'ai reçu par la poste l'invitation nominale pour assister à  cette réception. Maintenant, après des années, je me souviens des moments passés à la réception avec un grand plaisir, même si j'ai oublié beaucoup de détails. La fête a commencé à 13 heure et a duré jusqu'à 21 heures. À la porte  brandissait un énorme drapeau tricolore roumain.

     Quand je suis entré dans la cour de la résidence de l'ambassadeur, étendue sur presque un quart d'hectare, j'ai eu l'impression que je suis dans un paradis du climat méditerranéo-océanique, parce que j'était entouré par le vert foncé et le jaune éclairé des orangers avec de fruits. "La taillis merveilleuse", comme l'appelerait Mihail Sadoveanu, était coupée le long et à travers par de larges sentiers bétonnés avec la largeur d'un  mètre et  l'hauteur de dix centimètres. Si je tendrais la main, je pourrais  toucher les oranges grosses comme un œuf d'autruche, qui semblaient être de "vraies Thomson", comme a tenu me préciser une petite fille marocaine, venue avec son frère à la réception. En la regardant, je l'ai comparé avec "doudouia" (mademoiselle) Lizuca, le bien connu personage de Mihail Sadoveanu, parce que "c'était une fille de petite taille, mais solide et dodue. Sa tête avait la chevelure coupée très courte, comme d'un garçon, et montrait dans sa rondeur de divers proéminences irrégulieres. Sa bouche était trop grande et les joues trop rouges. Seuls les yeux bruns, ombragés par les cils noirs, avaient dans chacun une petite fleur de lumière". Manquait  seulement le chien Patrocle pour que l'image soit complète. Dans le milieu de l'oasis d'orangers il y avait une maison d'un étage, qui  servait comme résidence de l'ambassadeur roumain. L'entrée principale était impressionante, en étant entourée par quatre colonnes doriques. L'ensemble du rez – de -chaussée était disponible pour les invités. En derrière, le bâtiment se continuait avec une terrasse, sur laquelle il y avait des dizaines de fauteuils en osier. Dans le salon, il y avait une longue table sur laquelle trônait  le "buffet suédois". Le menu était principalement roumain, ne  manquaient pas  les "sarmale" (n.a. boulettes de viande hachée, enveloppées avecc une feuille de vigne ou de chou), le poulet rôti et la "tuica" (n.a. l’eau – de - vie de raisin). Grâce au soin personnel de la femme de l'ambassadeur, la "mamaliga" (n.a. polenta), sortant de vapeurs, séduisait les invités. Pour préparer les "mititei" (n.a. hachis de viande en forme de petits rouleaux, rôtis sur le gril) a été installé un gril à l'ombre, au-desous d'un oranger. La production de bière était à la fois espagnole et marocaine. Le whisky ne pouvait être qu'écossais et la vodka - russe.

     En ce qui concerne les fruits on pouvait constater une grande variété et une quantité suffisante. Les Roumains et les Marocains prennaient pleinement de l'avantage de la boisson à volonté. Les langues se déliaient et chacun  égrenait ses souvenirs de Roumanie, qui ont été plus ou moins intéressantes.

     L'un d'eux a avoué pour la première fois, comme il a tenu à préciser, qu'il est arrivé sur le sol roumain, après avoir participé à quelques mouvements socialistes estudiantins des années ’70. Il a été arrêté et, pendant son interrogatoire, il a été demandé par les enquêteurs de choisir entre l'emprisonnement et une bourse pour étudier en Roumanie, où il va connaître "sur place  qu'est-ce que c'est le socialisme". Au cours des huit années passées dans les amphithéâtres roumains, il a pris note des réalités de la Roumanie socialiste multilatéralement développée dans la soi-disant "époque d'or", comme il a tenu à préciser malicieusement. À la cantine estudiantine, disait-il, on mangeait parfois une demi-tête de mouton rôti, mais qui était si décharnée, qu'il ne restait plus que la langue. Au retour définitif au Maroc, l'un ancien partisan du socialisme s’est converti en un capitaliste et un royaliste convaincu.

     Un autre marocain a été étudiant pendant dix ans parce que, disait-il en plaisantant, "les deux premières années sont plus difficiles, jusqu'on passe dans la deuxième annéee". Bien qu'il a étudié la construction des machines, lui a plu faire des affaires depuis qu'il était encore étudiant. Ainsi, il arrivait à la faculté avec une voiture "Mercedes-Benz", propriété personnelle, tandis que le doyen descendait d'une voiture "Dacia 1300". Son affaire principale a été basée sur l'idée d'investir dans d'instruments musiquaux et de financer un orchestre de musique populaire tout à fait, avec laquelle est allé à de noces partout dans la Roumanie. Il a visité les contrées roumaines davantage que beaucoup de Roumains. Il a appris "à lever le coude". Sa femme, originaire d'Oltenie (n.a. province en Roumanie), a fait le remarque, approuvée par le langage non verbal des autres femmes roumaines présentes autour d'elle: que leurs maris deviennent soudainement plus pieux à la présence d'étrangers, que dans la vie quotidienne.

    Parmi les invités se trouvait une partie de ces presque cent formateurs roumains, qui travaillaient à différents établissements de l'Office de la Formation et de la Promotion du Travail au Maroc. Ils ont appris à parler français très bien et beaucoup d'entre eux sont devenus  coopérants de leur métier, de sorte que durant des années ils ont accordé assistance didactique dans le Zaïre, le Congo, la Guinée, le Sénégal, la Tunisie et l'Algérie.

   Une autre catégorie de Roumains était composée des spécialistes qui travaillaient dans des entreprises privées marocaines ou multinationales. Beaucoup d'entre eux ont arrivé à occuper de postes de dirigeants avec logements et voitures de service.

   Moins nombreux, mais beaucoup plus prospères semblaient les Roumains avec des sociétés enregistrées dans le registre de la Chambre de Commerce au Maroc.

   La description de tous ces Roumains je la considère difficile, même pour ceux que Dieu leur aurait donné le génie de Mihail Sadoveanu. Leur envie et l'orgueil atteignaient parfois de dimensions grotesques. Plusieurs fois, j'ai trouvé que le proverbe roumain avec la chèvre du voisin était actuel  dans la communauté roumaine au Maroc, mais aussi parmi… certains Marocains, qui ont étudié des années en Roumanie...

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

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