Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (41)

Le déjeuner du minuit

 

      Il arrive parfois, quand nous observons que certaines personnes font des choses à l'inverse de ce que nous sommes habitués, à s'écrier: comme que le monde se tourne à l’inverse. Le touriste chrétien qui vient pour un court laps de temps dans un pays arabe et habite dans un hôtel, il n’a pas l'occasion de parler de cette façon. Si dans  la fuite de l’autocar il voit dans une place publique pendant quelques secondes nombreux fonds de pantalon orientés vers le ciel et le guide l’informe qu'il s’agit des musulmans venus à la prière du vendredi après-midi, et qui n'ont pas eu lieu dans la mosquée, alors dans un petit lieu de l'esprit du touriste peut scintiller la question: le monde se tourne à l'inverse? En plus, s'il est invité à prendre le petit déjeuner... après le coucher du soleil ou le dejeuner… à minuit, alors il va entrer dans un état de perplexité et il existe une grande probabilité de se démander rhétoriquement: le monde  tourne à l’enverse?

     La première fois que je me suis posé cette question c’est passé dans le mois de Ramadan en 1984. Ma femme, Ella, qui travaillait à l'Institut Algérien du Pétrole à Oran, a été invitée par un groupe d'étudiants à manger à la maison de l'un d'eux. Il convient de noter que ces étudiants continuaient de recevoir de salaires substantiels de l’Usine de Liquéfaction de Gaz à Arzew, où ils ont travaillé comme ouvriers et envoyés pour poursuivre ses études. Après l’obtention de diplômes, ils avaient l’obligation de revenir à cette entreprise, pour travailler, évidement, sur d'autres postes, correspondant à leurs études.

     La distance 40 kilomètres d'Oran à Arzew je l'ai parcouru dans la voiture "Dacia 1310", que je l’avais apporté de la Roumanie. Je savais que dans le mois de Ramadan tout bon musulman doit s'abstenir de manger et de boire quand "on distingue le fil blanc du fil noir" en bon conditions. Le soleil était sur ​​le point de disparaître en arrière de la lignee de l'horizon et la circulatiom routière avait atteint un maximum de vitesse; tous se précipitaient d’être à la maison au moment du début du repas.

     On est bien arrivé à la villa d’Abdalkarim (n.a.  Leserviteurdugénéreux), où j'ai rencontré Abdarrahim (n.a. Leserviteurdumiséricordieux) et Abdalkader (n.a. Leserviteurdupuissant). Tous sont venus avec leurs épouses, qui étaient dans un salon séparé, où il a eu accès qu'Ella. "Notre tradition ne permet pas aux femmes musulmanes à être vues par des hommes étrangers", s’est excusé Abdalkarim clairement embarrassé. L'heure du repas n’avait pas encore arrivée, mais j'ai remarqué de verres de lait et de soucoupes avec trois dates chacune.

    - Nous commençons "iftar" d’une mannière traditionnelle avec du lait et de dates, qui fournissent le liquide et le sucre nécessaire, comme le prophète nous a enseigné, nous a informé Abdalkarim.

    - C'est comme ça qu'on appelle le premier repas après un jour de jeûne - petit déjeuner? j’ai demandé.

    - Je vais vous clarifier immédiatement, a répondu Abdarrahim. Le premier repas de la nuit du Ramadan est appelé "iftar" et est pris juste après le coucher du soleil. Le repas suivant, qui est pris à minuit, est appelé "ghada", qui signifie le déjeuner. Le dernier repas, qui est pris avant l'aube, s’appelle "chour".

    - Vous n’avez pas la sensation que le monde tourne à l'invers pendant le mois de Ramadan? je suis venu avec une question.

    - Oui, il est vrai, a parlé Abdalkader, mais nous aimons cette variation dans la vie, qui renforce notre foi en Allah. Vous devriez aussi savoir que l'une des obligations importantes de tout musulman est de prier cinq fois par jour…

    - Oui, nous en savons: "el fajr", "el dhouhr", "el aasar", "el maghreb" et "el iisa".

    Pendant ce temps par les haut-parleurs installés sur les sommets des minarets à Arzew a été annoncé l'appel à la prière "el maghreb". Nous avons tous nous hâté de bouffer du lait et de dates, après quoi les trois Marocains se sont élévés de la table et ont commencé le rituel de la prière avec la face vers La Mecque. Puis, Abdalkarim a joué le role de garçon, en apportant un  après l’autre les plats du petit déjeuner: "harira" (n.a. soupe marocaine avec la sauce de viande, pois et lentilles), "bstela maa tsimar bahria" (n.a. pouding avec de crêpes et fruits de mer - crevettes et calamars). Pour le dessert, Abdalkarim a mis sur la table des plateaux avec chabakia (n.a. tressée - gâteau de pâte sans levain de qui sont tirés de petites bandes tressées,  à  l’aspect de turban, cuits dans l'huile chaude, enduite de sirop de sucre brûlé et du miel), "quarn al ghazal" (n.a. corne de gazelle en forme de croissant de lune, rempli de crème d'amandes) et, bien sûr, l’omniprésent thé à la menthe. Ella a voulu aller au salon et des femmes et l’amphitrion a  été d’accord.

     - On mange beaucoup au Maroc, j’ai remarqué.

     - Pendant le mois du Ramadan, nous dépensons le plus avec de la nourriture. Quand nous allons au marché nous achatons par-dessus des besoins réels, parce que la faim nous attaque l’estomac et nous voulons être sûrs que le soir la nourriture nous suffira.

     Les haut-parleurs du haut des minarets ont commencé l’appel à la prière "el iisa". Durant que les Marocains faisaient de prosternations, je me délectais avec le thé à la menthe. Ensuite, il a eu une discussion prolongée,  interrompue à minuit par Abdalkarim, qui nous a declaré qu'il est le temps d’administrer notre déjeuner.

     - Je ne pense pas que je pourrais encore manger quqelque chose, j’ai dit à l'hôte .

     - Vous ne devez pas de manger, mais d’enmagasiner. Nous avons l’habitude de faire un "kirch al soulb" (n.a.  l’estomac dur), parce qu’après minuit nous ne mangeons plus jusqu'au coucher du soleil, m'a informé Abdalkader.

     - Mais vous ne prenez pas le repas "el chour"? j’ai demandé.

     - Qui se lève avant l'aube pour interrompre le sommeil? Ça pourrait signifier de somnoler durant le cours et de fâcher madame Ella, a répondu Abdarrahim, en souriant. Par la porte ouverte, j'ai vu deux mains avec beaucoup de bracelets typiques, portées par les femmes en Algérie, qui tenaient un plateau plein de plats. Abdalkarim a sauté de sa place et a repris le plateau, lequel il l’a mis sur la table. Comme ça on a commencé à enmagasiner "tajine maa jaja, bourqouq oua louzat" (n.a. pot de poulet aux prunes et amandes), "mechaoui maa kharouf" (n.a. brochette avec agneau), "isfanj" (n.a. beignet en forme de bretzels) et bien sûr, du thé à la menthe.

     - Au cours du mois de Ramadan, à "el ghada" nous n’avons pas l'habitude de répéter des plats de "iftar", a commenté Abdalkarim.

     Ce fait nous l’avons constaté et l'année suivante, lorsque nous avons été invités par le même amphitrion. Mais, n'étaient plus présents les collègues Abdalkader et Abdarrahim et, comme ça Abdalkarim a oublié la tradition, en permettant à sa femme - Makhfia (n.a Cachée) - à apporter des plats à la table et même de s'asseoir à côté de… moi; j'ai remarqué qu'elle portait les mêmes bracelets je les avais vu l'année passée dans la porte ouverte du salon. Alors j’ai senti le besoin de crier: le monde tourme à l'envers!

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

 

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