Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (46)

Sur les traces de Thor Heyerdahl


       Grâce à sa position géographique privilégiée, le Maroc est un espace ancré en Afrique, mais profondément lié à l'Europe, où le long de l’histoire les conquêtes  territoriales des différents belligérants ont alterné comme un flux et reflux. En plus, l'anthropologue norvégien Thor Heyerdahl a élaboré la théorie selon laquelle d’anciennes civilisations du continent africain ont navigué dans l'océan Atlantique pour découvrir et… occuper d'autres territoires, ainsi qu’elles seraient arrivées dans... le Nouveau Monde bien avant Christophe Colomb. Pour démontrer son concept, il a organisé une traversée maritime sur de vaisseaux confectionés de tiges de papyrus (n.a. cyperus papyrus), en ayant comme point de départ le port de Safi. Pour moi, fils d'une professeure agréée en géographie, ces informations ont constitué de suffisants arguments à convaincre, pour que’à la première occasion je me déplace à environ 200 kilomètres de Settat, où je vivais à l'époque, pour voir de mes propres yeux certaines choses.

       Le 25 mai 1999, exactement 30 ans après Thor Heyerdahl et son équipage ont quitté la côte afriquaine dans la première tentative d'atteindre les îles des Antilles, l’autocar m'a laissé près du digue du vieux port de Safi, où... mais il vaut mieux citer "Les expeditions Ra", Maison d’Edition Scientifique, Bucarest, 1973: "Sur la longue digue de pierre était une agitation exceptionnelle. Les gens  se pressaient comme un mur impénétrable et les photographes restaient sur toutes sortes de bateaux (...) Un après l'autre nous nous sommes détachés, et nous avons sauté de digue haute en pierre sur le pont souple, végétal de la barque de papyrus (...) Il était 8 heures et 30 minutes. Lentement, lentement, notre grande gerbe de canne a commencé s’eloigner du quai."

     J’étais venu tôt, à l'aube, quand le soleil ne s'était pas encore levé sur les collines derrière moi et une lumière diffuse formait sur le sol d'ombres à  peine perceptibles. Une légère brise de l'océan amenait dans mes narines de microcristaux de sel chauds et l’odeur d’êtres marines. Je distinguais de plus en plus bien les contours du port, dont le plan je l’avais  étudié auparavant dans un guide turistique. J’avançais sur la digue en pierre, qui était en fait une plate-forme en béton d'un chantier naval, où se profilait le squelette en bois d'un petit bateau de pêche en construction. Sur le côté nord, à ma droite, je voyais le plan incliné du chemin de glissement dans l'eau des navires. Dans le deuxième plan s’enfilaient quelques douzaines de petits bateaux de pêche, dans lesquels s’embarquaient d’hommes pressés. Dans la même direction, plus loin, je distinguais la silhouette massive d'un silo de phosphates, situé au milieu d'une plate-forme beaucoup plus grande. Dans un plan plus éloigné s’élévait un certain nombre de grues du nouvel port sur le fond des collines d’autour le golf. En face, à une distance d'environ 50 mètres s'étendait du sud au nord la vraie digue de protection sous la forme de la lettre "L", qui commençait de ma gauche et se terminait quelque part, à presque un kilomètre vers la droite, avec un phare. Aussi à gauche, dans le deuxième plan, s’érigeaient les hautes murailles d'une forteresse avec l'architecture portugaise, appelée   Maison de la Mer (n.a. "Dar el Bahr") .

       Je voulais entendre de témoignages sur les expéditions organisées par Thor Heyerdahl, qui ont eu comme point de départ le port. J’ai quitté le quai et je me suis dirigé vers les navires de proximité. Sur l'une, appelée "Yvonne", se tenait un jeune homme avec une barbe de trois jours, brûlé de soleil comme le Marocain Ait Ouhanni Madani, comme je l’ai vu dans les photos du livre "Les  expéditions Ra", mentionné ci-dessus.

     - Voulez-vous du poisson? m’a-t-il demandé en un français aproximatif.

     - Non, merci, mais je voudrais parler avec quelqu'un qui a assisté aux départs de ce port en 1969 et 1970 du navigateur  Thor Heyerdahl.

     - Bonjour, monsieur, je m'appelle Ciucescu Doru, j’ai dit à la vue d'un homme barbu à l'allure de vieux loup de mer. Je viens de Roumanie et je travaille en tant que professeur à Settat .

    - Salut, enchanté de vous rencontrer, m’a accueilli le marin dans un français fluente, en ayant une pipe au coin de la bouche. Mon nom est Madani (n.a Citadin) Lihiani (n.a. Barbu). Mon fils Ibn (n.a. Fils) Madani Lihiani, m'a dit de quoi il s'agit. Vous avez de la chance . J’ai tout vu. Il est passé un long temps. J’avais un autre navire. Allah, que belle était Yvonne, la femme de Thor Heyerdahl! En autre, le nouvel navire porte son nom. Voulez-vous marcher sur le pont?

    - Oui, merci pour l'invitation, j’ai dit après j’ai senti que je suis en équilibre instable.

    - Dans la matinée du départ de la première expédition, les gens étaient sur ​​le quai entassés comme des sardines. La barque en papyrus était amarrée sur le côté sud. J’ai été près quand Aïcha Amara, l'épouse du gouverneur, a fait au Norvégien un cadeau, une petite de singe, appelée Safi, apportée des montagnes de l'Atlas, à faire passer plus vite le temps lors du voyage. Elle n’aimait pas Thor et était nerveuse, mais quand elle est arrivée dans les bras de l'Italien Carlo Mauri, qui avait une barbe, elle s’est collée de lui et s’est calmée. Allah, quelle mignone singe était Safi! Vous voyez, j'ai l’une semblable, qui se trouve au sommet du mât, qui s’appelle de même. Si vous étendez vos bras, elle vient chez vous, car elle aime les gens avec de la barbe.

     - Avez-vous vu le moment du lancement dans l'eau du navire? j’ai demandé pour changer un peu le sujet.

     - Ouais, bien sûr. L'épouse du gouverneur a cassé du traîneau de lancement de la barque en papyrus dans l'eau un pot en argile rempli avec du lait de chèvre, porteur de bonne chance dans notre tradition populaire et a dit: "À l'honneur du soleil je t’appelle «Ra»".

     - Mais le lait n’a pas apporté beaucoup de chance, parce que le 18 juillet 1969, après avoir  parcouru 5.000 kilomètres, le vaisseau  détruit par la tempête a dû être abandonné dans l'océan Atlantique, ai-je mentionné.

     - Vous avez absolument raison, m’a aprouvé le vieux loup de mer. Le lait de chèvre est pour... les enfants. le boisson des marins est le champagne, le rhum ou, dans le pire des cas, la bière. D’ailleurs, lorsque j’ai lancé dans l'eau "Yvonne" - mon bateau trois tonnes,  pour  éviter les paroles malveillantes de la part du monde, j’ai cassé un pot avec du lait de chèvre, dans lequel, secrètement, j’avais versé un verre plein avec du... champagne, ce qui me semble que  m’a apporté de la bonne chance, parce que pendant 20 ans, je n'ai pas eu de problèmes.

     - Mais la deuxième expédition, "Ra 2", commancé le 17 mai 1970, s’est bien finie . Le 12 juillet, le vaisseau de papyrus et l'équipage dirigé par Thor Heyerdahl, sont entrés triomphalement dans le port de la ville de Bridgetown, à Barbade, en dépit du fait que le cérémonial de baptême du vaisseau a été identique, j'ai insisté. Vous insinuez d'une certaine manière que certains organisateurs marocains ont versé quelque chose dans le pot au lait de chèvre?

     - Ha, ha, vous essayez de me tirer de langue, mais je ne peux pas affirmer quelque chose comme  ça, a répondu le marin, en se cachant derrière une série d'anneaux de fumée.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

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