Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (55)

"Aperire terram gentibus"

 

     La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée et proclamée par l'Assemblée Générale des Nations Unies le 10 décembre 1948, prévoit en son article 13 que: "Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays." Dans le livre "Les droits de l'homme dans le monde contemporain", publié en 1983 sous les auspices de la Maison d'Èdition Politique, le même article est traduit par: "Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur de l'État". Et c’est tout! Cette omission n'est pas par hazard, mais reflète une facette de la mannière de l'approche des droits fondamentales de l’homme dans les régimes de Dej et Ceausescu, quand les nombreux Roumains, désireux de partir dans "le monde libre", étaient devenus malade de "passeportite",  c'est-à-dire que leurs passeports ont été mis en "quarantaine". Le vrai texte de la déclaration je l'ai lu la première fois dans un livre emprunté à la bibliothèque de  l’École Normale Superieure d’Enseignement Polytechnique d'Oran. Plus tard, j'ai eu l'occasion de lire à Port-Saïd, sur le socle de la statue de Ferdinand de Lesseps, une version plus ancienne de l'article 13 la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, en ayant le contenu suivant: "Aperire terram gentibus" (n.a. Ouvrir le monde aux hommes). Au même temps j’ai lu une page illustrée mémoirable de l’histoire concernant les efforts faits pour faciliter la navigation internationale grâce à la construction du Canal de Suez.

     Mais voici ce qui s'est passé! Un après-midi en février 1985, j'ai été sur la terrasse d'un restaurant de l'hôtel où je vennais de prendre le petit déjeuner. À  gauche, vers le nord, j’avais l'image de la plage privée, où dominait le jaune du sable, le bleu de la mer Méditerranée et le vert  des feuilles de palmier. Droit devant, vers l’est, se déployait le boulevard Philistinia (n.a. la Palestine), le plus important de Port-Saïd. Bien plus loin, par-dessus une oasis de verdure tropicale, je pouvais voir un embranchement de mâts, de grues, d’antennes et de silos,  les symboles du deuxième port comme grandeur en Egypte après celui d'Alexandrie. Le drapeau de l'Egypte et le toit avec trois dômes verts indiquaient le bâtiment de l’Autorité du Canal de Suez. Deux môles, plus longs d’un kilomètre protégaient l’accès et la sortie des navires en, respectivement, du Canal de Suez. Au bout du môle ouest, vers le rivage, s'élève la silhouete haute de 53 mètres de phare. Près de moi fumait, comme un Turc, Moussa (n.a. Moïse) Mallah (n.a. Marin), le professeur égyptien et mon collègue à l'École Normale Supérieure d’Enseignement Polytechnique d’Oran, venu à la maison pour les vacances  hivernales, qui s'a offert de m’être guide pendant mon séjour dans le pays que le grec ancien historien Hérodote l’a appelé "un don du Nil". Ma femme - Ella et mon fils – Edy, ensemble avec le seul fils de Moussa - Ilias (n.a. Elie) étaient partis pour faire une courte promenade sur la plage privée.

    - Le séjour à Port-Saïd m'a fait l'impression de "déjà vue", il a été comme l'ouverture d'un journal intim virtuel, écrit pendant l'enfance dans lequel dont mentionnés certaines de mes perceptions sur d'importants travaux réalisés par l'humanité, j'ai ressenti le besoin d’une confession. Le Canal de Suez est l'un des chantiers les plus romantiques ouverts le long de l'histoire. Cette perception est due peut-être et à la lecture du roman "Le tour du monde en 80 jours", écrit par Jules Verne .

      - Bien sûr, je suis d'accord avec toi, seulement si je ferais abstraction des accusations de corruption desquelles n’a pas été épargné même Ferdinand de Lesseps, qui a exécuté le projet sur la base duquel a été exécuté la construction par la Compagnie du Canal de Suez. En échange de ce travail, cette société commerciale a obtenu la concession de la voie navigable entre la mer Méditerranée et la mer Rouge pour une durée de 99 ans, c'est-à-dire jusqu'au 17 novembre 1968.

     - Cependant, le 26 juillet 1956, le canal de Suez a été nationalisé par l'Egypte, dont "raïs" (n.a. président) était Gamal Abdel Nasser, j’ai voulu dire.

     - C'est vrai ce que tu dis, la concession Suez a été raccourcie de 12 ans, ce qui a conduit à la soi-disant "guerre du Sinaï", quand le jour du 31 octobre 1956, les forces armées de l'air française et britannique ont lancé un attaque aux bombes sur les installations portuaires de Port-Saïd, suivie par l'atterrissage des troupes le 5 novembre 1956, a été d'accord avec moi Moussa. Seulement que les États-Unis et l'U.R.S.S. n’ont pas pu accepter un succès franco - britannique et ont fait les pressions nécessaires, ainsi que Gamal Abdel Nasser a fait figure de  vainqueur.

     - Il est vrai que la statue de bronze de Ferdinand de Lesseps, l’œuvre du sculpteur Emmanuel Frémiet a été endommagée par les explosions des bombes lancées par l'aviation français-britanique? j'ai été curieux de savoir.

    - Oui, ça est la triste vérité, a confirmé mon collègue. La statue haute de 10 mètres a été placée au bout vers la mer de la môle ouest et représentait Ferdinand de Lesseps, en saluant avec la main droite, et avec la main gauche en tenant le décret qui a autorisé la construction du Canal de Suez. Par la suite, la statue de bronze a été dynamité par les autorités égyptiennes sous les acclamations de 6.000 habitants, et le socle a été déplacé à l'intérieur du port Fouad, sur le rivage est.

     - En effet, j'ai vu ce socle à l’aspect d’une énorme souche sur lequel encore on peut lire "Aperire terram gentibus", j'ai interrompu Moussa.

     - Peux-tu t’imaginer ce qu’il pourrait arrivé si la statue "la Liberté éclairant le monde", réalisée par Frédéric Auguste Bartholdi, aurait été située à Port-Saïd et pas à New York?

     - Attends un peu, Moussa, je n’ai pas compri ce que tu veux dire, j'ai avoué mon ignorance.

     - Comment, tu n’as pas su que le gouvernement français a d'abord voulu vendre au khédive Ismaël d'Egypte cette statue sous le nom de "la Lumière de l'Asie" pour être emplacée à Port-Saïd? m’a demandé sincerementent surpris Moussa.

     - Non, je n’ai pas su cette histoire! Mais dis-moi, pourquoi le khédive Ismaël n’a pas voulu acheter la statue?

     - On a considéré qu’ériger cette statue haute de... 45 mètres à l'entrée du canal de Suez représentait une trop grande dépense. Au lieu de cela, le khédive Ismaël aurait pu réaliser d’économies substantielles, s’il aurait acheté la statue originale, qui est beaucoup plus petite, de l’hauteur... d’un homme, placée dans le Jardin de Luxembourg à Paris, m'a éclairé avec un large sourire mon collègue égyptien, le sourire qui m’a évoqué la mannière   "aimable" dans laquelle on fait du commerce dans le bazar de Port-Saïd .

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

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