Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (71)

Le Rallye… Dakar – Paris


      En 1978, Thierry Sabine, un Français amateur de voyages dans la nature  en jeep s’est… égaré dans le Sahara mauritanien. Sur place lui est venue l'idée d'organiser un rallye automobile avec le départ de Paris et l'arrivée à Dakar. Ainsi, en janvier 1979, il s’est disputé le premier rallye qui a traversé la France, l'Algérie, la Mauritanie et le Sénégal. Si au début ont participé seulement deux catégories de véhicules, les motocyclettes et les voitures, ensuite ont  été inclus et les camions. Depuis lors, annuelement, dans la saison froide il y a une migration légale, comprenant des centaines d’hommes motorisés de Paris, de Lisbonne, de Madrid ou d'autres villes européennes vers Dakar, les sources du Nil ou d'autres destinations africaines afin de tester l'endurance des véhicules et de les rendre de la publicité.

     Pendant ce temps, chaque année, dans toutes les saisons, des milliers de personnes d’Afrique tentent de traverser illégalement soit l'Atlantique vers les îles Canaries,  soit la mer Méditerranée vers la péninsule Ibérique, les îles Baléares, l’île de Sicile, l’île de Crète et d'autres destinations en Europe, en formant ce qu'on pourrait appeler, par antithèse, le ralye... Dakar - Paris. Sur le Rallye Paris - Dakar j’ai aimé lire depuis la première édition, mais surtout voire d’images télévisées, dans lesquelles apparaissaient  de dunes, de palmiers, de chameaux, des villes qui semblent qu’ont resté les mêmes il y a des siècles. Concernant le Rallye… Dakar. - Paris j’ai  été informé par tous les médias qu'il n'y a pas une année dans laquelle de gens ne trouvent pas la mort au cours des traversées illégales en raison des fortes tempêtes ou de l’état précaire des bateaux. Sur les deux rallyes, j'ai eu l'occasion de parler avec un témoin des deux courses, en la personne de Dialo, un Touareg du Niger.

     J'étais sur un canapé profond dans le hall d'un hôtel dans la ville d'Errachidia, située à la limite entre le désert du Sahara et les montagnes Haut Atlas, sur le cours moyen de l’oued Ziz. L'atmosphère à l'intérieur contrastait positivement avec le vent froid, pénétrant à l'os de l’extérieur, comme il arrive souvent en janvier à l’altitude de plusieurs centaines de mètres du plateau Tafilait. J'ai refait mes forces après le début de la matinée - un proverbe arabe dit que "le monde appartient à ceux qui se lève tôt" – quand j'ai commencé parcourir à pas la valée  de l’oued Ziz, avec les eaux agitées, jusqu’aux gorges taillées dans le calcaire des rochers hautes d’environ 100 mètres, situées à presque 10 km en amont d’Errachidia. À côté de moi se trouvait un jeune, qui cherchait comme moi de bavarder  avec un verre de thé en face sur l’événement qui devait avoir lieu après deux jours: le passage par le village de la caravane de Rallye Paris-Dakar. Il était de taille moyenne, maigre, avec les cheveux bouclés, coupés courts, et le teint noir - brillant, comme la majorité des Berbères de la province Tafilait, contrairement à ceux de la province Sous, près d'Agadir, qui sont blancs. Quand parlait, il sécouait   la main et me suivait en permanence avec les yeux pour voir mes réactions. Paradoxalement, ses lèvres étaient charnues, sensuelles, prêtes toujours à laisser à la vue les dents d’un blanc brillant, dans un sourire candide. J'ai appris que son nom était Dialo et qu’il est d'Agadez, une localité située dans le nord du Niger. Il était venu chez un parent  en vue… d’un mariage avec une habitante d’Errachidia.

     - J'ai eu l'occasion de voir le passage de la caravane du rallye en 1990, quand a gagné un Finlandais. nommé Ari Vaitanen, a tenu m’informer Dialo.

     - Tu a été à Errachidia? j’ai lui demandé surpris.

     - Non, il s’est passé à Agadès où le "cirque" a fait une escale. Dans cette année - là, le rallye a traverse la Libye, le Niger, le Mali et le Sénégal. Tout le monde, les hôteliers, les restaurateurs, les chauffeurs de taxi, les médecins, les mécaniciens automobiles, les artisans des bijoux appelés "21 croix touarègues" attendent l’événement pour faire une petite fortune, qui leur permet de vivre quelques mois ou même un an après  ça. Vous vous rendez compte, les participants du rallye sont des gens qui gagnent des milliers de dollars par mois, et le revenu annuel d’un habitant au Niger est... juste de quelques centaines.

    - Peux tu me dire quelques mot sur les "21 croix touarègues croix"? j'ai été curieux de savoir.

    - Bien sûr, parce que j’ai été apprenti  à un atelier de bijoux . Les croix sont en argent et leur nombre est égal à  celui des communautés touarègues au Niger. Ils sont coulées en moules obtenues  avec de modèles facilement fusibles...

   - Oh, c'est le moulage de précision, j’ai pris la parole. Premièrement  on presse le mélange fusible, par exemple, la cire d'abeille, dans un moule comprenant une ou plusieurs cavités, qui ont la configuration de la pièce. Les modèles ainsi obtenus sont mis ensemble comme une grappe, en les associant à  un réseau commun de coulée. Puis on forme le moule en carapace par immersion des modèles en cire dans un bain de silicate de sodium. Puis, en entrant dans un air chaud ou de la vapeur, la cire fond et sort des moules en carapace pour être récuperée. Les moules en carapace ainsi obtenus sont séchés pendant deux à trois heures à une température de 180 à 200 degrées Celsius, après quoi  sont calcinés à 900 degrées Celsius afin d'éliminer les traces de cire et de terminer le durcissement...

   - Ensuite on coule l'argent fondu dans les moules en carapace, a voulu  mon jeune montrer sa compétance avec une voix assez élevée, due au l’étonnement. Après la solidification du métal fondu, on fait le décochage et on sépare les pièces, qui seront nettoyées, limées et polies. Mais, monsieur est-ce que vous avez ouvert un atelier de bijoux au Maroc?

   - Non, en échange j’ai formé la première série de techniciens spécialisés dans le modélage pour les fonderies au Maroc, j’ai lui répliqué pas sans une certaine fierté. Mais pourquoi tu me demandes?

   - Pour la simple raison que je suis au chômage et je travaillerais volontiers dans un atelier de vôtre. Je suis parti d’Agadès parce que j'aspire aux avantages de la civilisation moderne. Là-bas les informations viennent  infiniment moins nombreuses que les grains de sable qui sont prêts à tout couvrir. Par ailleurs, Ari Vaitanen m'a dit qu'il n'aime pas "hartaman", le vent d'est du Sahara, qui  éfface les traces des pistes.

   - Mais, dans quelle langue tu a parlé avec lui, en français?

   - Non, en anglais, mais je pense qu’Ari comprend bien le français, parce que il m’a fait l'impression qu’il  écoute avec intérêt  la chanson "Cinq cents connards sur la ligne du départ" interprété par Renaud Séchan, souvent transmise par tous les haut-parleurs installés sur les poteaux d’Agadès, dans la période de l’escale du Rallye Paris-Dakar.

   - Après le mariage qu’est-ce que tu va faire? j’ai voulu savoir.

   - J’attends de devenir un citoyen marocain, après quoi je vais essayer de traverser légalement ou illégalement la Méditerranée pour arriver dans l'Union Européenne, comme veulent la plupart des jeunes de l'Afrique. Par conséquent, je suggèrais à Renaud Séchan de dédier… au  Rallye Dakar - Paris une chanson avec le titre... "Cinq cents millions d’émigrants sur la ligne du départ"...

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

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