Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (89)

La ballade "Miorita" en version maghrebinne

   

     En Afrique du Nord, il existe de nombreuses similitudes plus ou moins évidentes avec l’espace carpato - danubien - pontic. À cet égard, comme tout Roumain avec "Miorita" (n.a. Agnelle) dans le sang, la ballade dans laquelle est symbolisée l’existence millénaire pastorale de notre peuple, il ne pouvait pas ne pas  me sauter dans mes yeux la présence... de troupeaux de mouttons sur les pâturages… désertiques du pied des montagnes Atlas ou même sur de terrains… vagues, pleins d'ordures autour d’agglomérations urbaines. À l'école, j'ai appris que l'une des idées principales de ce chef-d'œuvre folklorique est la description du paradis pastoral par le berger moldave, qui  voulait être enterré "(...) Ici tout près / Dans la caisse à traire / (...) Derrière la bergerie / Pour entendre les chiens (...)". Eh bien, l’Eden pastoral des bergers algériens ou marocains des zones limitrophes du désert Sahara semble être autre que celui décrit dans la "Miorita", parce que je n'ai pas remarqué ni... de  caisse pour la traite des brebis et ni… de chiens pour leur garde!

     Né et grandi dans la ville, je n'ai pas eu l'occasion de connaître la réalité de la vie d'un berger jusqu'à l'été 1967, lorsque j’ai parcouru un long trajet à travers les montagnes, d’Otelul Rosu, où j’avais 'éffectué la pratique estudiantine  de  production, jusqu’à... Sibiu. J'étais accompagné par un collègue, lui aussi citadin, mais de Bucarest. Pendant deux semaines, nous sommes allés à pied sans avoir de problèmes par les montagnes Tarcu, Retezat, Parang et Sureanu, jusqu'on est arrivé sur les crêtes douces et déboisée de Candrel, près de la station Paltinis. Ici, nous nous sommes égarés parce que les poteaux de marquage avaient été pris, comme nous avons apris plus tard, par les bergers de la zone pour appuyer solidment diverses annexes des bergeries, qui étaient si nombreuses que dans le champ visuel pourrait être vues simultanément au moins une douzaine. Les sentiers ne nous venaient à l'aide parce qu'ils ont été disposés dans plusieurs directions, en incluant tous les points cardinaux et intercardinaux, comme dans la rose des vents. Pour aggraver les choses, environ 30 ou 40 chiens de la rase berger mioritique roumains, qui gardaient  leurs troupeaux sur les collines, nous ont senti et se sont  précipité vers nous. Instinctivement, moi et mon collègue, nous nous sommes assis les genoux pliés, dos à dos,  et on a tendu vers les atroces animaux les bâtons de sapin, joliment décorés. Les bêtes mordaient des bâtons, en  diminuant bien visiblement leur longueur et, quand je pensais qu'il n'y a plus un moyen de sortir, un gourdin est tombé près de nous à grand bruit, qui a fait les parents de Cerbère à battre en retraite.

     Lorsque nous nous avons ressaisi, j'ai vu un jeune homme avec une petite moustache et très souriant, qui s’appellait Voinicel (n.a. Petitvaillant) Ciobanu (n.a. Berger). Son habit était composé d'une chemise blanche de chanvre à manches trois quarts, serrée au milieu par une large ceinture de cuir noir, un "itar" (n.a. pantalon collant porté par les paysans roumains) aussi blanc  et aussi de chanvre,  de bottes courtes aussi de cuir noir, et sur le sommet de la  tête trônait un petit chapeau de feutre noir, qui avait pris du ruban un bouquet de fleurs fraîches, de montagne.

      Le soleil était sur ​​le point de descendre et on n’avait plus le temps de se rendre à Paltinis, ainsi que Voinicel nous a invité, l'hospitalité roumaine, à passer la nuit dans la bergerie. J'ai vu un haut bâtiment, de bois, de section carrée et toit d’échandoles. L'intérieur était composé d'une seule pièce, avec un grand trou dans le toit. Dans le milieu trônaient trois grands chaudrons de fonte avec une capacité d'environ 100 litres, qui ont été suspendus aux de poutres de toit avec de crochets d’acier, gros comme le bras. Autour, contre les murs étaient disposés de bancs pour s'asseoir. Dans un coin était une grande table pour au moins une douzaine de personnes. Sur les murs, à différentes hauteurs, à lesquels on pourrait atteindre avec l’escalier, j'ai remarqué... huit lits en bois, fixés en console, comme un balcon. Là-bas vivaient quatre jeunes familles de bergers de Poiana Sibiu, venus pour la transhumance. Nous avons visité les quatre caisse à traire où Voinicel et trois autres hommes trayaient, en serrant fortement le trayon du pis de brebis entre la phalange, avec l’ongle du pouce plié, et l’index. Les pauvres bêtes… faisaient sur elles de douleur, mais les bergers prennaient  soin de ne pas tomber – comme même - toute la misère dans le seau, en tennant les autres trois  doigts tendus et pointés vers l'extérieur du récipient avec du lait. Leurs épouses prennaient les seaux au fur et à  la mésure qu’ils se remplissaient et les vidaient dans les trois grands chaudrons, qui ont été couverts avec de gaze tendue avec  le rôle de passoire. Lorsque un chaudron était rempli, la gaze était enlevé ensemble avec... "les olives", qui, en dépit des mesures préventives prises par les bergers, arrivaient dans les seaux. Lorsque, dans notre naïveté, nous avons demandé à Voinicel comment on sépare l’eventuelle  l'urine de brebi, il a répondu qu’ainsi "on obtient le bon fromage". Leurs épouses ont fait du feu au-dessous les chaudrons et toute l’enceinte était illuminée comme dans un spectacle féerique. La fumée sortaint par le trou du toit .

    Tard dans la soirée, nous avons été invités à la table où on nous a servi - il ne pouvait pas en être autrement -  de la polenta au fromage de brebis et d’oignons. Un des començals a tenu nous à nous informer que "le fromage est de deux sortes: pour les bergers et pour le reste du monde". J'ai remarqué que chez tous les hommes s’avaient développé une callosité  grande comme une coccinelle près de l’ongle du pouce. On nous a demandé si nous voulons manger et du lait frais de brebis avec de la polenta et nous, naïfs comme étions, avons accepté avec plaisir. Nous avons  regretté plus tard, lorsque, en raison du teneur très élevé en matières grasses, nous avons eu de brûlures sur l'œsophage. À la fin des fins, mon collègue et moi, nous avons couché dans les lits du bas et les bergers et leurs épouses dans ces d’en haut.

     Ces connaissances élémentaires sur la bergerie j’ai les complété beaucoup plus tard, dans un jour de juillet de l’année 1996, près de la gare routière de Ouarzazate, localité exposée à l'expansion du désert du Sahara. La température de 50 degrés Celsius ne semblait pas déranger un troupeau d'environ six douzaines de moutons hauts, avec de laine courte et blanche, qui mangaient... de la terre ou quelques feuilles avec... d’épines de certaines plantes qui poussent sur des terrains vagues d’autour. Le berger était un jeune homme vêtu d'un jean en lambeaux, un tricot déchiré avec des manches courtes et un chapeau aplati de paille, à larges bords, tiré bien sur la tête. Il portait de brodequins usageé, couverts de poussière jaun - rougeâtre provenue du désert. M'a frappé le fait qu'il n’avait pas... de callosité sur les  mains et je suis entré en conversation avec lui. Son nom était Qaoui (n.a. Vaillant) Raï (n.a. Berger) et il avait étudié la biologie à l'Université de Marrakech pour une année . En étant chômeur, il a  commencé s’occuper du métier de berger.

     - Ces moutons mangent de la terre? j'ai profité de l'occasion pour m'informer.

     - Ils mangent de racines des plantes situées dans le sol, a été la réponse.

     - Où est-ce que tu bouillis le lait pour obtenir le fromage? j'ai eu une curiosité.

     - Comment est-ce qu’elles peuvent donner du lait quand elles mangent que d’épines et de la terre? En fait, ces moutons sont de la race Sardi, grande productrice de viande. Ma bergerie est une baraque.

     - Je ne vois pas de chiens de garde, j’ai constaté.

     - Les lions et les chacals ont disparu de ces parties de la Terre, a répondu Qaoui.

     - Comment vois - tu le paradis? je lui ai demandé.

     - Je vais répondre à deux vers simples sans demander de droits d'auteur: "Le paradis / C'est comme Paris".

     Comme ça a récité, en souriant, un fragment d'une variante maghrebinne moderne de "Miorita", le berger qui n’avait... pas de callosités sur les mains.

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

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