Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (47)

Couscous au déjeuner de Noël


      À l’occasion de la Sainte Fête de Noël, de nombreux Roumains pensent à aller quelque part en dehors du pays, dans un lieu autant exotique que possible, d’une notoriété plus ou moins grande, en fonction de la poche de chacun. Aussi, de nombreux immigrants en provenance de Roumanie rentrent  dans le pays pour célébrer la Nativité. Les images archétypales de déjeuner de Noël avec de couenne, du boudin noir, du saucisson de foie de porc, du boudin blanc, de gelée de viande, de chou farci avec de boulette de viande hachée, rôti et d’autre préparations d’animaux abattus le jour d’Ignat, réapparaissent dans la mémoire des errants roumains, dispersés dans différents endroits et intensifient leur sentiment d'aliénation. Ce sentiment est exarcerbé chez les Roumains vivant depuis des années dans les pays arabes, où il n’y a pas la culture culinaire du porc, mais du bélier. Le même sentiment j'ai l‘essayé dans les cinq années passées seul, sans famille, à Casablanca, où j'ai accordé assistance didactique.

     C'était l'heure du déjeuner le jour de Noël et j'étais sur la terrasse entourée sur trois côtés par de verre du  restaurant "Marjan" (n.a Corail) d’Aïn Diab, station balnéaire près de Casablanca, devenue, en fait, un quartier de mégapole marocaine. J'avais choisi une table dans la première rangée, vers la Corniche, qui constitue l'artère principale de circulation et borde la plage sur une distance de plusieurs kilomètres. De cette façon, j’avais une vue panoramique de quelques centaines de mètres de la côte de l'océan Atlantique. Le ciel clair et l'air pur faisait parfaite la visibilité jusqu’à la ligne de l'horizon. Le bleu des vagues se convertissait dans le blanc de détergent de la mousse blanche formée au toucher avec le rivage de sable. La plage privée "Tahiti" semblait un désert de béton; aucun trace de clients estivals. Les longues feuilles des palmiers sur le bord du trottoir bougeaient lentement comme les rames d'une barque en dérive, frappée par une brise légère. Entre eux se tenait seul et immobile un oranger sauvage, plein de fruits. De loin, il me ressemblait à un sapin de Noël décoré avec d’oranges. La circulation des piétons, que celle routière,  enregistraient  une intensité minimale; tout le monde s’avait retiré pour déjeuner, ce que moi aussi j'avais l'intention d’en faire.

          L'air de décembre à Casablanca est froid et humide, et dans les endroits ombragé le froid pénètre jusqu’aux os, dans les cas d’un séjour prolongé. Dans l'intérieur de la terrasse était chaud en raison de l'effet de serre des fenêtres.  À côté de moi se trouvait Noureddine (n.a. Lumièredelareligion), professeur d'histoire à l'Université de Rabat, l'un de mes partenaires de tennis. Je lui ai dit que je vais prendre le déjeuner de Noël à Aïn Diab et il a voulu m'accompagner. Noureddine a été boursier à Paris où il a obtenu un diplôme d'études approfondies et un doctorat. Après sept ans dans la terre du champagne, il avait pris l'habitude d'entrer dans les bistrots du Quartier Latin à la recherche de potions bacchiques. Là, il se rencontrait avec  d’étudiants de toutes les nationalités et participait aux ribotes organisées à différentes occasions. Comme  ça il est arrivé de célébrer même "Aïd el Milad" (n.a. Fête de la Nativité) parce que, disait-il, "dans le Coran il est écrit que Jésus est un grand prophète, au même niveau avec Moïse, mais pas le fait qu’Il est le Fils de Dieu".

     De nous s’est approchée une serveuse portant une blouse sans manches et un tablier couvrant la mini-jupe seulement en face.

     - Monsieur est "nasrii" (n.a. chrétien) et aujourd'hui c’est "Aïd el Milad",   a commencé Noureddine une conversation parsemée de renseignements choc et omissions, qui est la technique de l'homme buveur, désireux à inciter les convives à la discussion.

     - Mais "Aïd el Nabaoui" (n.a. Fête de la Nativité du prophète Mahomet) n’est pas aujourd'hui, s’est exclamée la serveuse.

     - Mademoiselle, vous n’avez pas fait attention, j'ai dit "Aïd el Milad", c'est-à-dire la naissance de Jésus, a attiré l'attention le professeur à la serveuse.

     - Excusez-moi, je n'ai pas saisi la nuance, il m’a semblé un jeu de mots, la serveuse a répondu d'un ton malheureux. Avec quoi est-ce que je peux vous servir?

    - Deux portions de couscous "bidaoui" (n.a. de Casablanca) et deux bouteilles de bière pour le début, je suis intervenu. La serveuse est partie rapidement déterminée à faire une meilleure impression.

    - Dans mes années passées en France, j'ai remarqué que vous, les chrétiens, sous la couverture d’une fête réligieuse, vous accomplissez les plus étranges désires, vous developpez les passions les plus folles. En outre, certains détaillants américains ont renoncé d’utiliser pour cette fête le nom traditionnel de  "Christmas", mais "X - mas", a remarqué Noureddine.

     - Tu ne dois pas généraliser. Moi, par exemple, je ne veux que du couscous et, bien sûr, une bière, ai-je répliqué d'une voix angélique.

     - Oui, je sais, tu vis avec parcimonie pour ne pas sortir  de forme et me battre au tennis. Je tiens à souligner que vous n’avez pas le droit d’enlever Noël aux enfants, de même comme vous n’avez pas le droit d’enlever leur enfance. Les parents simplement induisent dans l’esprit de leurs descendants que le Noël signifie une fête des plaisirs, des gâteaux et des distractions. Ainsi, les enfants n'attendent pas cette fête pour se jouir de la naissance de Jésus, mais, simplement parler, pour se jouir je ne sais pas de quelle voiture ou poupée.

      - C'est vrai ce que tu dis, je suis intervenu, mais je tire ton attention qu’on doit pas généraliser. Tu dois savoir que dans la Roumanie, la situation est plus compliquée qu'en France, des générations entières n'ont pas rencontré le Père Noël, mais "Moch Gerila", qui peut se traduire Père le Gelé, c'est-à-dire "Ded Moroz", repris de la tradition soviétique. Et maintenant, pour eux il est difficile d'enseigner aux enfants la joie qu'ils n’ont pas eux-mêmes pratiqué.

    - Tu a raison, m’a approuvé Noureddine, mais vous ne pouvez pas renoncer aux cadeaux avec de jouets; les enfants ont besoin de ces joies, mais beaucoup d’avantage, ils ont besoin de l'amour d'Allah, qui est le même avec le Dieu des Livres  de Moïse et des Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc ou de Jean. Lorsque j'étais étudiant à l'école primaire, j'ai eu comme voisins une famille de Roumains, qui accordaient de l’assitance didactique à  un lycée à Casablanca . Le jour de Noël ils m’ont appelé dans leur appartement, où un sapin a été décoré magnifiquement et j’ai reçu un cadeau de Père Noël. J'ai été profondément impressionné et depuis, je suis devenu un peu envieux d'enfants chrétiens, parce que vos fêtes religieuses m’ont apparu plus charmantes que les nôtres. Entre temps est venue la serveuse, en tenant deux plateaux avec du couscous émettant de la vapeur.

     - Le couscous "bidaoui" est préparé avec sept légumes, Noureddine a commencé à m’expliquer. La viande est de bœuf. La sauce contient "ras el hanout"...

     Moi, je presque ne l’entendais plus. Ma domination sensorièlle,  à ce moment-là, était la vue. Je regardais l’oranger au-delà de la rue et je me souvenais du sapin de Noël de mon enfance...

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

"Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca"

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)

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